Parachat Tazria – un bébé d’emprunt

 

 

Alors que notre paracha nous fait part du commandement de circoncire nos nouveau-nés mâles, une histoire relatée par le Talmud nous révèle que c’est l’engagement dans l’accomplissent de cette mitsva, alliance de la circoncision, qui permit de sauver la vie de l’ensemble du peuple juif…

« Et le huitième jour, on devra procéder à la circoncision, la brith-mila ».

Dans notre paracha, nous lisons le commandement qui enjoint tout parent juif à pratiquer la circoncision sur un nouveau-né masculin, au huitième jour après la naissance.

A propos de cette mitsva, une histoire extraordinaire. A l’époque où Rabban Chimon ben Gamliel était le prince d’Israël (Nassi), Rome était souveraine en Israël. Et pour empêcher le peuple juif de garder ses valeurs, les Romains promulguèrent de nombreux décrets et autres lois coercitives.

Le pire de tous sans doute, était celui qui interdisait aux enfants d’Israël de pratiquer la circoncision, la brith-mila.

Le Roi et le Roi des Rois

Au même moment que la promulgation de ces lois, dans la famille de Rabban Chimon ben Gamliel, on fête un heureux événement : la naissance d’un petit garçon. Mais alors que les « mazal tov ! » résonnent dans les rues avoisinantes, le peuple est pris d’inquiétude : le châtiment pour celui qui circoncit son fils malgré l’interdit, est la mort pour le père de l’enfant, la mère et l’enfant lui-même.

Les très nombreux élèves de Rabban Chimon ben Gamliel (appelé également Rachbag), et une grande partie du peuple de Jérusalem vinrent aux portes de la demeure du Rav pour connaître sa décision. Ce dernier leur déclara très simplement :

D’un côté, c’est D.ieu qui me demande de circoncire mon fils. De l’autre, l’Empereur me demande de ne pas accomplir ce commandement de la Torah. Qui pensez-vous que je doive écouter ?

Par cette question rhétorique, il leur annonçait qu’il allait pratiquer la brith-mila sur son nouveau-né, malgré le danger immense qui les guettait. Et en effet, quelques jours plus tard, après que Rabban Chimon ben Gamliel ait accomplit sa sainte intervention sur son fils, et que le petit garçon fut rénommé Yéhouda, le responsable romain de la région, mis au courant de cette infraction, convoqua le Rachbag :

Ne connaissez-vous donc pas le châtiment prévu pour avoir transgresser l’interdit de l’Empereur ? Pourquoi avez-vous agi ainsi ?

Parce que mon D.ieu, notre Père qui est dans les cieux, le Maître du monde, me l’a demandé.

Très surpris par la conviction du Rav, et plutôt que de décider par lui-même de le mettre à mort, le fonctionnaire romain décida d’envoyer l’épouse de Rabban Chimon ben Gamliel et le bébé devant l’empereur, à Rome. C’est là-bas que lui tout puissant souverain déciderait en personne du sort de la famille du Rachbag.

L’idée géniale

C’est ainsi que la jeune maman prit la route, accompagné de son bébé et d’un soldat romain pour qu’elle ne puisse s’enfuir. Après une journée de marche, un peu fatiguée, cette dernière se souvint qu’une femme non juive de sa connaissance habitait dans les environs. Peut-être pourrait-elle demander de pouvoir se reposer chez elle pour la nuit ?

Cette femme non-juive avait beaucoup d’estime pour elle, et son mari beaucoup de respect pour la sagesse du Rachbag.

La jeune maman frappa donc à la porte. Elle fut immédiatement accueillie avec beaucoup de joie. Mais en apercevant le soldat qui l’accompagnait la jeune maman, l’hôtesse la questionna discrètement sur les raisons de son voyage.

L’épouse de Rabban Chimon ben Gamliel lui fit part de la récente naissance et du décret qui pourrait l’amener mourir, elle, son mari, et son nouveau-né.

La maitresse de maison lui annonce alors qu’elle aussi, à la même période, a eu la joie de mettre au monde un petit garçon. Soudain, elle dit à son amie :

 – J’ai une idée qui pourrait vous sauver !

– Laquelle ?

– Tu pourrais prendre mon bébé et l’emmener à Rome, en laissant ton fils Yéhouda chez moi…

Les deux femmes finirent rapidement leur conversation secrète, évitant les oreilles indiscrètes et le soldat posté derrière elles…

Devant la gentillesse et le courage de son amie non-juive, l’épouse de Rabban Chimon ben Gamliel accepta la proposition. Dès le lendemain, elle reprit la route et après une longue marche, elle arriva à destination.

Un miracle prémédité

Enfin, le grand jour arriva où elle devait comparaître devant le César romain, maître tout puissant et incontesté du plus grand empire du monde. Là, le fonctionnaire qui avait convoqué le Rachbag présenta les faits :

Voilà donc cette femme qui a osé, avec son mari, transgresser l’interdit du roi concernant la circoncision !

Que l’on vérifie l’enfant, dit l’Empereur.

Deux employés examinèrent le bébé et constatèrent que le prépuce n’avait pas été retiré. Ils annoncèrent
publiquement le résultat de leur examen.

Confus et interloqué, le fonctionnaire ne sut comment se défendre :

Comment ? C’est encore un miracle ! Vous le savez bien, César, je n’ai pas menti. Chaque fois que les Juifs ont des problèmes, ou subissent des menaces, ils prient leur D.ieu, qui fait des miracles.

L’empereur fut contraint de reconnaître qu’il y avait dans cette affaire quelque chose de miraculeux, qui devait se
lire comme un signe, et qu’il fallait lever ce décret.

Non seulement la maman et « son » bébé furent libérés, mais il fut décrété que tous les enfants
d’Israël pourraient dorénavant être circoncis.

L’épouse de Rabban Chimon ben Gamliel reprit donc la route, rassurée, apaisée, et retourna dans la maison de son amie, la mère du petit Antonin. Elle y retrouva dans les larmes de joie son véritable fils, et remercia chaleureusement son amie. Cette dernière lui dit :

J’espère que de cet épisode qui a mis en scène mon fils Antonin, et qui a permit de sauver ton fils et tout le peuple juif, puisse naître une grande amitié entre ton fils Yéhouda et le mien.

Et ainsi, bien plus tard dans l’histoire du peuple juif, Antoninous devint l’un des meilleurs amis de Rabbi Yéhouda Hanassi, qui devint le célèbre dirigeant du peuple juif, compilateur de la Michna, l’un des seuls sages qui parvint à concilier la richesse et la sagesse.

Et Antoninous resta célèbre dans le Talmud car grâce à cette amitié, il put découvrir les richesses de l’héritage du Sinaï, pour finalement décider de venir se blottir sous les ailes divines, se convertissant au judaïsme.