Parachat Tazria – le prix de l’alliance

 

 

 

Pour se lier à D.ieu et entrer dans Son alliance, il faut savoir se séparer de ce qui peut sembler essentiel. Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut espérer goûter à un bonheur de tous les instants… Dans notre paracha, il est question de la brith mila, qui fut déjà mentionnée pour désigner l’alliance entre D.ieu et Abraham. En hébreu (lachone hakodech), lorsque l’on veut dire contracter une alliance, on emploie l’expression : li’hroth brith. Le mot li’hroth vient de la même racine que kareth(retranchement) ou que keritouth (séparation). Ces termes désignent toujours une séparation entre deux choses, deux individus ou deux objets. A propos du divorce, la Torah nous dit : le mari devra écrire un livre de keritouth, pour se séparer de sa femme (vekatav la séferkeritouth). Par ailleurs, on le sait, le mot brith signifie une alliance, et met en avant le fait de rapprocher, de lier des choses entre elles. Comment donc comprendre cette expression, li’hroth brith ? Elle allie deux notions totalement opposées : la brith, l’alliance et le fait de li’hroth, séparer. D’autant que l’hébreu biblique ne laisse rien au hasard, et renferme toujours un sens très profond. Lorsqu’il définit la notion de brith, le Gaon de Vilna rapporte une parabole : deux hommes sont les deux meilleurs amis du monde mais doivent se séparer et se rendre dans des pays éloignés. Affligés par cet état de fait, ils décident de s’offrir un objet très précieux l’un à l’autre. On pourrait penser qu’en agissant ainsi, ils ajoutent une nouvelle difficulté à leur épreuve : en plus de la tristesse de se séparer de son meilleur ami, chacun doit également se séparer d’un objet auquel il tient beaucoup. Pourtant, si l’on sait regarder attentivement la situation, on comprendra qu’ils auront la consolation de toujours pouvoir contempler le présent de leur ami, et que dans une certaine mesure, ils ne seront pas complètement séparés, unis par leur cadeau respectif. La mitsva ininterrompue On retrouve cette idée dans la brith-mila. Le Tour (livre de loi de référence Y.D. 260), quand il statue sur les lois de la mila, explique que le commandement de la brith mila est plus important que celui d’accomplir les prescriptions de Pessa’h, plus important que le commandement de mettre des tefilines et des tsitsith. Pourtant, on le sait, celui qui ne respecte pas les lois de Pessa’h (comme par exemple ne pas manger du pain durant les huit jours que dure la fête) est passible de la peine d’excommunication (kareth). Les transgressions de la mila et de Pessa’h sont donc punies par la même peine. Alors en quoi l’une est plus importante que l’autre ? Le Tour de remarquer que dans la parachaqui concerne la circoncision, le mot brith (alliance) est écrit treize fois, ce qui n’est le cas d’aucune autre mitsva, même celle des tsitsith ou des tefilines. Il ajoute également que les tsitsith et les tefilines, on ne les porte pas en permanence. Il y a des moments ou des situations où la Torah nous demande justement de ne pas accomplir cette mitsva : le chabbath et yom tov, on ne met pas les tefilines ; la nuit, on ne porte pas de talith. En revanche, l’alliance représentée par la brithmilaest une mitsva que nous accomplissons en permanence. Comme l’a dit David hamele’hdans les Psaumes (119 ; 162) : « Je me réjouis de Ta parole comme si j’avais trouvé un grand trésor ». Le Talmud (Chabbath 130a) explique que c’est ici une allusion à la circoncision : David hamele’h était heureux qu’à chaque instant, en chaque endroit, il emportait avec lui la mitsva de la mila. Ce commandement de la circoncision a un prix. Nos livres de références mentionnent que c’est la seule mitsva que l’on ne peut faire qu’avec une foi entière et parfaite. Marquer sa propre chair, la chair de son fils, est une preuve de la foi que nous avons en D.ieu. Celui qui parvient à surmonter cette épreuve, qui parvient à se séparer d’un peu de lui-même, aura quelque chose de D.ieu qui l’accompagnera partout où il ira. Treize et Un : le compte est bon En cela, l’expression li’hroth brith prend tout son sens : c’est en seséparant de quelque chose que l’onentre dans l’alliance. C’est à ce prixseulement que l’on peut espérerobtenir des valeurs éternelles. Êtrecapable de concéder quelque chosede soi-même est le seul moyen pour accéder à un niveau spirituel. La mitsva de la circoncision, Avraham l’avait accomplie sur lui-même, et chaque père doit l’accomplir pour son fils. En cela d’ailleurs, cette mitsva est tout à fait exceptionnelle. En effet, même dans le cas où un fils ne met pas ses tefilines tous les jours, ou qu’il oublie parfois de mettre ses tsitsith, son père aura tout de même la joie de savoir qu’une mitsva accompagnera, quoiqu’il advienne, son fils depuis le début de sa vie jusqu’à son dernier souffle. Une mitsva qui a demandé de faire couler du sang, qui a demandé une foi particulière à ses parents, une mitsva qui témoigne de notre volonté d’être juif : la brith-mila. L’alliance contractée pour cette mitsva de circoncision est écrite 13 fois dans le passage où il en est question. 13, c’est aussi la valeur numérique du nombre Un (e’had), qui vient scander l’unicité de D.ieu, même pour les Juifs les plus éloignés de la pratique des commandements divins. Cette mitsva de la circoncision, qui reste en permanence sur le corps de chaque Juif, quel qu’il soit, qu’il se sente ou non étranger à son judaïsme, qu’il soit pratiquant ou non, est un témoignage de l’attachement d’un peuple pour son D.ieu. En chaque Juif, il y a une mitsva qui crie E’had, qui crie l’unicité de D.ieu. C’est la mitsva par laquelle tout commence, la mitsva du Retour, la mitsva par laquelle un jour « D.ieu sera Roi sur toute la Terre, en ce jour-ci, D.ieu sera Un et son Nom sera Un », Hacheme’had ou chemo e’had (Zacharie 14 ; 9).