Parachat Vaéra – L’exil de l’âme

 

Sans nous en être rendus compte, nous nous sommes habitués à être des exilés. Privés du Temple (Beth Hamikdach), nous sommes exilés, où que nous résidions.

Une histoire ‘hassidique, avec aubergiste naïf et Cosaques, va nous le prouver…

Cette semaine, nous allons lire la paracha de Vaéra, deuxième paracha du livre de Chemoth. Il y est question des sept premières plaies précédant la sortie d’Égypte.

Le Maharal de Prague explique que l’exil du peuple juif était double.

D’abord un exil géographique, physique: celui de la déportation en Égypte. Ensuite, un exil de l’âme : le peuple juif s’était abaissé jusqu’au49ème degré d’impureté, sachant que selon la tradition transmise par nos Sages, il en existe cinquante.

Lorsque le peuple juif fut délivré (guéoula), ce fut d’abord sur le plan physique, en sortant de la terre d’Égypte, ensuite sur le plan spirituel, le plan de l’âme. Ils ont réussi, grâce à la traversée du désert, à atteindre le niveau d’Adam avant la faute : c’est ainsi, dans cet état de pureté et d’élévation hors du commun, qu’ils reçurent la Torah au pied du mont Sinaï.

Mais il faut savoir que sortir de l’exil de l’âme est souvent plus difficile que la libération physique. Nous rapporterons une anecdote vécue par le Rav Na’houm de Tchernobil, qui va nous permettre d’illustrer ce qu’est l’exil de l’âme. Rav Na’houm, qui effectuait un voyage, était descendu dans une auberge. Les aubergistes, des Juifs traditionalistes, le reçoivent.

En plein milieu de la nuit, ils entendent ce rabbi en train de crier et de pleurer. L’aubergiste descend et lui demande :

– Rabbi, vous avez mal quelque part, vous êtes malade ?

– Non, je récite la prière du Tikoun-‘hatsoth, la prière que l’on dit au milieu de la nuit et qui vient, par des lamentations, rappeler la destruction du Temple.

Devant la curiosité de l’aubergiste et sa demande de précisions, le rabbi lui explique que l’on prie car l’on aspire à la venue imminente du Messie :

– Bientôt, nous allons tous partir à Jérusalem: nous allons voir le Temple, nous aurons la possibilité de faire les sacrifices demandés par D.ieu. Là-bas, nous vivrons des moments exceptionnels, tous les juifs du monde seront réunis. D’ailleurs, toi aussi tu devrais réciter la prière du Tikoun-‘hatsoth. Car très bientôt, il faudra que tu partes avec nous. Viens donc prier avec moi…

L’aubergiste, un peu gêné, lui dit qu’il doit en parler avec sa femme.

Après une brève discussion, il revient et explique au rabbi :

– Nous avons réfléchi avec ma femme et nous sommes arrivés à la conclusion que même dans le cas où le Messie viendrait, nous ne pourrions pas partir. On ne peut pas laisser notre auberge, notre ferme, nos animaux.

– Il ne faut pas être naïf. Bientôt, des Cosaques peuvent venir, comme c’est régulièrement le cas, et vous prendre votre auberge, votre ferme et vos animaux. Peut être même vont-ils vous tuer, vous et vos enfants. Au mieux, vous vous retrouverez sans rien. – C’est vrai, vous avez raison. Je dois à nouveau en discuter avec ma femme.

Après quelques minutes, il revient, et déclare au rabbi, stupéfait:

– Ma femme voudrait savoir si tu aurais la gentillesse de demander à D.ieu, dans tes prières, que le Messie vienne très vite et que vous partiez, toi et tous les Cosaques, tous ensemble en Erets-Israël, bimhééra beyaménou. Nous, nous resterons ici, avec notre auberge, notre ferme et tous nos animaux.

Sur cette anecdote, le commentaire ‘hassidique est le suivant : faire sortir les Juifs de l’exil géographique, c’est très facile. Faire sortir cet exil qui réside dans le cœur des Bné-Israël, c’est beaucoup plus difficile.

Ce commentaire entraîne une double réflexion.

Ceux qui vivent déjà en Israël, qui sont sortis de l’exil géographique, doivent se poser la question :

« Ne sommes-nous pas toujours prisonniers de cet exil de l’âme ? »

Quant à ceux qui vivent encore en Diaspora, ils peuvent se demander si le confort qui les retient, n’est pas encore un peu d’Égypte qui reste dans leur cœur ? Il faut prier que cette réflexion nous amène à être totalement délivrés, car aujourd’hui, en Erets-Israël, nous avons le moyen d’appliquer beaucoup plus facilement qu’ailleurs les mitsvoth.

Que nous puissions donc nous retrouver, très bientôt, tous réunis à Jérusalem, sans les Cosaques ni tous les ennemis d’Israël, pour assister à la délivrance finale, Amen.