Paracha Michpatim – L’envers du décor

 

D.ieu dit: «Si une personne en frappe une autre et que la victime meure, le meurtrier sera mis à mort.

S’il n’avait pas l’intention de tuer sa victime mais que Je l’ai occasionné, Je désignerai un endroit où le meurtrier pourra trouver refuge» (Exode 21 ; 12-13).

Sur ce verset, les Tossafistes commentent et rapportent une histoire, tirée du Midrach:

Moché rabbénou fut conduit par D.ieu au sommet d’une montagne. Du haut de cette montagne, il vit un homme qui perdit son portefeuille. Sans s’en apercevoir, il poursuivit son chemin. Quelques minutes plus tard, un deuxième homme qui passait par là, vit l’objet, le ramassa et partit avec. Un peu plus tard, un troisième homme stationna à cet endroit.

Quand le premier revint sur les lieux pour chercher son portefeuille, il lui demande: «Vous avez sans doute trouvé mon portefeuille. Je vous prie de me le rendre.»

Mais le troisième homme nia avoir prit cet argent. Sur ces entrefaites, le premier leva la main sur lui et le tua.

Vérité absolue ? Moché rabbénou fut très étonné de cette scène.

Il dit à D.ieu : «Comment est-ce possible ? Le second homme, qui est un voleur, est sorti indemne de cette affaire, et a pu garder l’argent. Le troisième, qui n’a rien fait de mal, a trouvé la mort. Et le premier a perdu son portefeuille, mais il est devenu un assassin.»

Dieu dit à Moché: «Tout ce que tu vois, c’est vrai et c’est juste (émeth). Car le premier avait volé le portefeuille du second avant de le perdre. Le second a donc retrouvé son propre portefeuille. Le troisième a été tué car il avait auparavant commis un meurtre, en tuant le père du premier.»

De ce Midrach nous pouvons comprendre que ce que nous voyons n’est pas forcément la vérité absolue. Il nous manque tout l’envers du décor. Avec notre perception limitée, nous ne pouvons distinguer la justice parfaite et absolue qui s’y cache.

Pourtant, la Michna nous dit que de la même manière que nous devons prononcer des bénédictions sur les bonnes nouvelles, nous devons le faire aussi pour les mauvaises. Même si les mots de la bénédiction sont différents, le concept général reste le même.

Sur les bonnes nouvelles, on dira hatov véhamétiv: «Il est source de bénédictions, Celui qui est bon et bienfaisant».

La condition de la vie sur les mauvaises nouvelles (comme au moment où l’on apprend le décès de quelqu’un), on prononcera : barou’h dayan haémeth : «Il est source de bénédictions, Celui qui est Juge de vérité.»

Dans notre référentiel, à travers notre prisme restreint, nous avons parfois du mal à comprendre la vérité profonde et juste (émeth) qui se cache derrière les événements de la vie. Parfois même avec le recul des années, on reste triste au regard des épreuves que l’on a traversé ou que l’on traverse encore, soi-même ou les gens que l’on aime.

Il peut même arriver que le bonheur apparent d’autres personnes, qui sont à nos yeux bien moins méritantes, nous fassent souffrir par le simple fait qu’il nous semble injustifié. Mais cette incompréhension est la condition sine qua non de la vie, car sans cette apparente injustice, l’homme n’aurait pas le libre-arbitre.

En effet, la foi (émouna), c’est croire en un D.ieu parfaitement juste et bon, alors que nous ne percevons pas sa justice de façon manifeste. Si le monde était juste et parfait à nos yeux, nous n’aurions pas la possibilité d’avoir la foi et de le prouver à chaque instant, par nos vies et par nos actions.

A première vue, c’est le voleur qui gagne et le volé qui a perdu. Le meurtrier reste en vie, celui qui meure a tout perdu. Pourtant, si l’on pouvait se glisser dans les coulisses, à l’instar de Moché rabbénou, et voir ce qui se passe dans les coulisses, nous comprendrions que tout cela est une pièce de théâtre mise en scène par le Créateur, qui a des motifs et des intentions bien plus profondes et bien plus élevées que nous pouvons même l’imaginer.

«Toutes ses voies sont la justice même, D.ieu de vérité, jamais inique, constamment équitable et droit.» (Deuteronome 32 ; 4).