Paracha Vayichla’h – Le vrai bonheur

 

 

 

Au début de notre paracha, nous assistons à la rencontre historique entre Jacob avinou et son frère Essav.

Jacob, notre patriarche, s’est préparé à cette rencontre en mettant en place trois procédés différents : d’abord, il a prévu des cadeaux dans le but d’amadouer son frère. Ensuite, il a prié. Il s’est tourné vers D.ieu pour lui demander assistance dans cette confrontation qui allait décider du destin du peuple juif. Enfin, il s’est préparé à une troisième extrémité, qu’il préférait éviter : la guerre. Après avoir prié, et lorsqu’il envoya des cadeaux à Essav, il trouva nécessaire de se justifier : «Je n’ai pas pu me présenter à toi avant cet instant, car j’ai été retardé jusqu’à présent.» Nos sages expliquent que par cette phrase, Jacob signifie à son frère Essav que la bénédiction qu’il a reçu de son père, cause de tant de jalousie, ne concernait pas le monde matériel. Ainsi, Jacob précisa à son frère que ce qu’il possédait n’était que le résultat de ses efforts et de son labeur. Par cette explication, il parvint à apaiser son frère Essav, qui n’en voulait à Jacob au sujet de la bénédiction paternelle, que dans la mesure où elle promettait une réussite matérielle.

Devenir grand 

Nous allons découvrir que c’est le labeur et les efforts qui, justement, donnent leur valeur et leur prix à tous les événements heureux de la vie. Un jour, un homme se rendit auprès du fils du Baal Chem-Tov et lui dit : – Rabbi, je voudrais savoir comment l’on devient un juste, un tsadik comme vous. – Dans notre ville, à Pinsk, il y a deux hommes fortunés. Le premier doit sa richesse à un héritage. Le deuxième est un nanti parce qu’il a travaillé pour devenir riche. Et pour cela, il n’a pas hésité à fournir de grands efforts, à se lever tôt et à se coucher tard. Si tu veux apprendre comment t’enrichir, celui qui a tout reçu par héritage ne pourra pas t’aider. En revanche, si tu t’adresses à celui qui n’est pas né riche mais qui, par son labeur et ses efforts, a pu le devenir, tu auras sans doute des réponses intéressantes. De la même manière, poursuivit le Rav Tsvi Hirsch, mon père était le Baal Chem-Tov, et c’est beaucoup par son mérite, et par l’éducation que j’ai reçue, que j’ai pu devenir à mon tour un Rabbi. Si tu veux savoir comment l’on devient un Grand Sage Torah et un Juste, il vaut mieux que tu ailles voir Rabbi Aaron de Karlin. Lui, sans même avoir des parents Rabbins, il a pu se construire spirituellement pour éclairer le monde de sa sagesse. Nos Sages expliquent que pour Yaacov avinou, le même enseignement peut être tiré : c’est par sa volonté et son courage qu’il a pu devenir Israël, le père du peuple juif. C’est d’ailleurs ce que fait remarquer à ce propos le Ben Ich-‘Haï, dans une autre histoire, qui va nous faire saisir plus « concrètement » ce principe.

Le plaisir de la conquête 

Il y avait dans une ville un prince très riche. Mais par la force des choses, il perdit toute sa fortune et il ne lui resta que deux belles pierres précieuses. Il était sûr qu’il pourrait les vendre à un très bon prix, et qu’il pourrait ainsi se refaire. Il alla trouver deux hommes très fortunés. Au premier, il proposa la première pierre à un prix exorbitant de cinq cent pièces d’or. Car il était bien évident que cette pierre ne valait pas plus de dix pièces d’or. Cet homme riche se dit par devers lui : «Je sais bien que ce diamant ne vaut pas plus que dix pièces d’or. Mais pour honorer ce prince, et pour l’aider, je vais lui donner les cinq cent pièces qu’il me demande.» Et c’est ce qu’il fit. Notre prince vint ensuite proposer sa deuxième pierre au deuxième bourgeois, qui lui aussi, fit preuve de générosité, mais dans une autre mesure : -Écoutez, je devrais vous donner dix pièces d’or car c’est la véritable valeur de votre diamant. Mais comme vous êtes quelqu’un d’important, et que je veux vous aider, je vous en offre vingt. -Comment ! s’exclama le prince. Vous plaisantez, c’est une pierre de très grande valeur. Il n’en est pas question. Après négociations, l’homme d’affaire accepta enfin de donner cent pièces d’or. Mais le prince ne put s’empêcher de le questionner : -Je ne comprends pas. Untel, que vous connaissez, et qui est très riche aussi, m’a acheté exactement la même pierre précieuse pour cinq cent pièces d’or, et cela, sans aucune négociation. Avec vous, et après une âpre négociation, je n’en reçois que cent ! – Je connais bien cet homme dont vous parlez. Vous ne le savez peut-être pas, mais il doit sa fortune à un héritage. C’est la raison pour laquelle il vous a offert cinq cent pièces d’or : cela ne lui fait pas grand-chose. Mais moi, je ne suis pas né riche. J’ai toujours dû travailler dur. Et je sais le prix de chaque pièce d’or que je possède, je parle de son prix en effort et en fatigue. Lorsque j’accepte d’acheter votre diamant cent pièces, c’est comme si cet autre homme vous en avait offert mille ! Mais il ne faut pas conclure de cette histoire que la vie a été plus dure pour le deuxième millionnaire, celui qui s’est bâti seul. Car nos Sages disent qu’un homme préfère un petit capital, mais qui soit le sien, plus que tout ce qu’on pourrait lui offrir gratuitement. Et la raison de cette préférence est que les hommes tirent une satisfaction particulière de ce qui provient de leurs efforts (Rachi, Bava Metsia 38a).

Notre génération qui a reçu en cadeau du confort matériel à profusion, qui a pris l’habitude d’avoir accès facilement et rapidement à tout, dévalorise et amenuise la valeur des choses. Il n’en reste pas moins que la vraie valeur n’est donnée que lorsqu’on arrive au résultat, après de grands efforts, que ce soit dans le domaine de l’argent gagné, ou des qualités morales acquises.