Parachat Ki-Tissa – La roue tourne

 

 

«Quand tu procéderas au décompte des Israélites pour les dénombrer, chacun d’entre eux sera compté par le payement du rachat pour sa vie.» (Exode 30 ; 12) 

Le terme qui décrit l’action de ce paiement (térouma) est vénaténou (mettre en hébreu).

Rabbi Yaacov Baal Hatourim fait remarquer que ce mot se lit de droite à gauche et de gauche à droite de la même manière: c’est ce que l’on appelle un palindrome.

Et le commentateur fait cette remarque :« Tout ce qu’un homme donnera pour la bienfaisance (tsedaka), il le recevra en retour, et ce geste ne le privera de rien. »

Pour illustrer cette idée, nous allons découvrir l’histoire terrible d’un homme très riche.

Humilié

Tous les jours, il sortait pour travailler, jusqu’à l’heure du repas. Il rentrait alors chez lui pour retrouver sa femme, passer un moment avec elle autour d’un bon repas, constitué de viandes succulentes et de poissons délicats. Il était le plus heureux des hommes.

Un jour, de retour du travail, alors qu’ils étaient en train de discuter tout en commençant de déjeuner, quelqu’un frappât à la porte:

– Qui est là ? demanda notre homme.

– Je suis un pauvre, je viens demander la charité. Je n’ai rien mangé depuis hier matin, pourriez-vous me donner quelque chose ?

– Que D.ieu ait pitié de toi, se contenta de répondre notre homme, qui n’aimait pas être dérangé pendant son repas, alors qu’il était fatigué de sa matinée de travail.

– Mais donnez-moi au moins un peu de pain, un petit quelque chose, insista le pauvre bougre, affamé.

C’en était trop. Notre homme en avait assez de ces sollicitations incessantes pour la tsedaka.

On ne pouvait donc plus manger tranquille! Il sortit sur le palier, bouscula le mendiant, et le chassa violemment:

– Laisse-nous donc tranquille ! Tu n’as pas honte de m’importuner ? Je t’ai déjà dis non, maintenant va-t-en !

Humilié et choqué, le pauvre s’en alla les larmes aux yeux, accablé de tant de méchanceté.

Vies parallèles

Puis il réfléchit : « Pourquoi D.ieu m’envoie-t-il autant d’épreuves ? Tout cela doit avoir un sens. Ces événements doivent m’enseigner quelque chose. Je dois certainement avoir mal agit, sans vraiment m’en rendre compte. Je vais réfléchir à mes actions, faire techouva, je vais demander pardon à D.ieu, et peut-être que ma situation s’arrangera. »

Nos deux héros, le riche et le pauvre, continuèrent donc leurs vies respectives.

De son côté, le riche commerçant continua de mener sa vie; ses activités professionnelles et familiales suivaient leurs cours. Mais il remarqua dès le lendemain de cet épisode, que personne n’entrait dans son magasin.

Avec le temps, ses affaires périclitèrent et il fut contraint de constater que chaque jour, il perdait de l’argent.

Et ce brusque revirement s’accompagna d’une malchance répétitive.

Propriétaire d’une boutique, il tenta par exemple, pour renflouer son commerce, d’installer un étalage dehors. Le jour même, la police remarqua son initiative et lui dressa un procès verbal.

Chaque jour, une nouvelle déconvenue survenait, et notre homme s’appauvrit jusqu’à ce que la ruine l’ait terrassé. Arriva le moment où il dut vendre ses propres meubles pour acheter à manger.

Après quatre mois d’un effondrement financier, il fut acculé: il n’avait plus les moyens pour faire subsister sa femme. Ne supportant de lui infliger la faim et l’humiliation, il lui proposa, la mort dans l’âme, de divorcer.

– Mais je n’ai plus de quoi honorer ta ketouba, ajouta-t-il dans un sanglot.

Alors peut-être accepterais-tu de renoncer à cet argent que je te dois, et de retourner vivre chez ton père. Il aura de quoi te nourrir, et te faire vivre honorablement.

Bien que sa femme refusa dans un premier temps, ils durent se résoudre à cette terrible décision, car la vie n’était plus possible ainsi. L’épouse ruinée retourna chez son père, un homme honorable qui l’aida comme il put. Après six mois, un chad’hane (organisateur de rencontres conjugales), vint trouver le père de cette femme.

– Tu as une fille divorcée, lui dit-il. C’est une femme intelligente, encore jeune. Elle doit refaire sa vie. J’ai peut-être quelqu’un à te proposer pour elle. Si tu veux, tu peux rencontrer le prétendant et tu jugeras par toi-même.

Ils firent ainsi. Le père fit la connaissance d’un homme, droit et honnête. Il décida donc d’organiser une rencontre avec sa fille, et cette entrevue se révéla positive.

La terrible rencontre

Quelques mois plus tard, ils se marièrent. Cet homme, marchand de son état, partait chaque matin pour son travail, revenait pour déjeuner avec sa nouvelle épouse, et repartait pour étudier la Torah, prier Min’ha, la prière de l’après-midi, puis, en fin de journée, revenait à la maison partager le dîner avec sa femme.

Un jour, alors qu’ils prenaient ensemble le repas de midi, on frappa à la porte.

– Qui est là ?, demanda le mari.

– Je suis un pauvre qui demande la tsedaka, je n’ai pas de quoi vivre.

Immédiatement, notre bourgeois se lève, prend le poulet tout chaud, y ajoute un pain entier, le donna à son épouse et lui demanda de l’emballer pour le donner au pauvre. C’est ce qu’elle fit. Mais après avoir apporté le paquet au pauvre, elle revint les yeux baignés de larmes. Son mari, désemparé, voulut savoir ce qui s’était passé.

Mais elle refusa de s’expliquer. Devant l’insistance de son mari, elle s’exécuta et lui raconta alors tous les événements dramatiques qu’elle avait vécus avec son premier mari.

Demain est un autre jour

Elle raconta ce jour où, durant le repas de midi, un pauvre vint demander de l’argent, et comment son ex-mari le repoussa avec cruauté. Elle lui décrivit la rapide déconfiture financière qui s’en suivit, et leur divorce.

– C’est ainsi que je suis retournée chez mon père, que je t’ai rencontré et que nous avons pu nous marier. Aujourd’hui, lorsque tu m’as demandé d’aller donner à manger à ce pauvre et que je me suis dirigé vers la porte, j’ai eu l’effroyable surprise de découvrir que ce mendiant n’était autre que mon ex-mari ! Lorsque j’ai vu sa situation terrible, cela m’a provoqué un choc.

– Tu sais, lui répondit son mari, non moins ému par le récit de sa femme, le pauvre qui avait frappé à votre porte la première fois et qui avait été repoussé, c’était moi. Depuis ce jour, j’ai décidé de faire techouva et D.ieu m’a donné une bénédiction qui m’a permis de devenir riche. Ensuite, j’ai eu le mérite de t’épouser. Et je suis un homme heureux.

De cette histoire très émouvante, nous apprenons une leçon de vie capitale : il ne faut pas croire que nos richesses nous sont données pour toujours. On l’a vu et on le voit encore, les retournements de situations sont fréquents, et la roue tourne.

Vénaténou se lit dans les deux sens, celui qui n’a pas de quoi manger aujourd’hui sera peut-être le bienfaiteur de demain.
Il ne faut jamais refuser de donner à manger, ou une pièce à quelqu’un qui le demande. Quand on donne à un pauvre ou à ceux qui en ont besoin, on n’en sera jamais lésé.