Paracha Le’h Le’ha – Seulement pour Lui

 

 


Cette paracha où D.ieu demande à Avraham de tout quitter va nous permettre de comprendre l’un des fondements du judaïsme : le principe qui consiste à accomplir une mitsva pour la seule et unique raison que c’est D.ieu qui nous le demande.

Et ainsi, le Tout-puissant transformera cet acte désintéressé en un réceptacle de bénédictions.

Au début de la paracha de Le’h le’ha, D.ieu s’adresse à Avraham Avinou et lui dit :

« Va t’en pour toi (le’h le’ha) de ta terre, de l’endroit où tu es né, de la maison de ton père, vers la terre que Je t’indiquerai » (Genèse 12,1). Dans la Torah, il n’y a pas de voyelles. Le mot le’h (va t’en) et le mot le’ha (pour toi) peuvent se lire de la même manière puisqu’ils s’écrivent de la même manière. Dans son commentaire, Rachi se pose la question : «Que signifie le’h le’ha ?»

Il répond : «On veut t’apprendre que c’est dans ton intérêt, pour ton profit. Tu vas y gagner quelque chose.» Pour comprendre le sens qui se cache derrière cette expression, il faut savoir qu’au sujet d’un autre épisode très important de l’histoire d’Avraham, l’Akédat Its’hak, le sacrifice d’Isaac, la Torah s’exprime également en disant : « le’h le’ha » (Genèse 22,2): «Va t’en pour toi, prend ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va t’en pour toi, vers cet endroit sacré appelé Har Hamoria. Là-bas, tu monteras sur l’une des montagnes et tu sacrifieras Isaac.»

Le Midrach (Tan’houma Vayéra 22) souligne le parallèle entre cette première épreuve d’Avraham, au moment où D.ieu lui demande de quitter sa terre natale, et sa dernière épreuve, où on lui demande de sacrifier Isaac. Dans les deux cas, on lui dit « le’h le’ha ».

Tout aurait pu arriver…

Nos sages rapportent qu’à ‘Haran, Avraham et sa femme « Saraï » ont converti au monothéisme tous leurs contemporains, et leur ont expliqué les vraies valeurs de la bonté (‘hessed). Malgré ce rôle communautaire exceptionnel, malgré le fait qu’Avraham était le grand Rabbin de ‘Haran, on lui demanda de quitter sa terre. Si on lui avait dit seulement le’h, Avraham se serait uniquement senti chassé d’un endroit où il avait un rôle à jouer. C’est pourquoi D.ieu lui dit : le’hle’ha. « Va, parce qu’ailleurs tu vas trouver quelque chose de mieux pour toi. »

Ainsi, juste avant le sacrifice d’Isaac, D.ieu avait dit à Avraham : « C’est par Isaac que Je te réserve un avenir exceptionnel » (Genèse 21,12), « Je te réserve une descendance nombreuse comme le sable de la terre et les étoiles du ciel. » (idem 22,7) Et il faut garder à l’esprit qu’Avraham avait connu le bonheur d’avoir Isaac alors qu’il avait déjà cent ans. Et pourtant, D.ieu lui demanda de sacrifier ce même fils par lequel Il lui avait promis une descendance remarquable.

On lui dit le’h. Pourquoi ? Parce que selon ce qu’il avait pu comprendre de l’avenir d’Isaac, tout aurait pu arriver, sauf d’être sacrifié avant de donner la vie. Pour lui, ce commandement de sacrifice, c’était s’en aller, être chassé, devoir sacrifier son avenir, non seulement au sens génétique, mais également au sens spirituel, puisqu’Avraham savait qu’il devait être le père du peuple juif.

Une harmonie sans pareille

La Torah nous enseigne qu’au moment de réaliser une mitsva, il faut être capable de sacrifier ce que l’on a, ou ce que l’on croit avoir, pour véritablement réaliser la volonté divine. Lorsqu’un homme décide d’obéir à un commandement de D.ieu, il peut se dire: « Mais où est-ce que cela va me mener ? J’avais prévu autre chose pour moi.

Cette mitsva-là ne me dit que le’h, elle me dit uniquement de partir, de sacrifier, de mettre de côté mon égo, ma personne, mes ambitions. A ce moment de la réflexion, cet homme doit savoir que le’h se lit aussi le’ha.

Chaque fois que quelqu’un accomplit, tel Avraham avinou, la mitsva de le’h, la mitsva de sacrifier ce qui est le plus cher à ses yeux, D.ieu lui promet que de ce le’h on arrivera au le’ha, et que cette mitsvalui octroiera toutes les bénédictions.

Même si pour l’instant, on ne voit pas « la terre promise », D.ieu nous assure : Le’h le’ha. Car ce lieu où l’on croit avoir un avenir et une carrière exceptionnels, un confort et une harmonie sans pareils, n’est peut-être pas le meilleur pour nous.

Car ce qui nous apparaît incarner le confort n’est pas forcément ce qui nous apportera le bonheur. Et il faut parfois quitter ce qui nous semble le plus cher pour accomplir la volonté de D.ieu.

Car chaque mitsva peut se lire le’h, ou le’ha : la difficulté d’accomplir la volonté de D.ieu, mais également les bienfaits que cela va nous procurer. Et D.ieu montrera à chacun d’entre nous cette terre merveilleuse, cette bénédiction, cette abondance qui accompagne partout celui qui accomplit la mitsva de le’h le’ha.