Paracha Noa’h – Sauvés par les mots

 

 

 

Noé fut un homme exceptionnel qui resta lui-même alors que les deux civilisations dans lesquelles il vécut furent respectivement celle de perversité et celle du paganisme.

Alors que nous sommes nous-mêmes confrontés à ces mêmes dérives, les grandeurs de Noé sont pour nous des secrets de survie… Ce chabbath, nous lirons la sidra de Noé (Noa’h), la paracha du déluge, où D.ieu va littéralement détruire le monde pour le reconstruire, avec un noyau dur qui sera épargné : Noa’h, sa famille et tous les animaux. Nos Sages, lorsqu’ils expliquent qui était Noa’h, s’appuient sur le verset qui le décrit comme étant tsadik et tamim (Genèse 6,9) : tsadik, comme on le sait, veut dire juste et renvoie à celui qui fut le tsadik par excellence, Yossef hatsadik. Le mot tsadik fait allusion à un certain mauvais penchant (yetser hara) qui, dans le cas de Yossef a été surmonté, le désir. Le désir de désobéir à la volonté de D.ieu, de s’en soustraire, de faire ce que l’on a envie, car on a le sentiment d’en avoir grand besoin. Ainsi Yossef, lorsque la femme de Poutiphar a tenté par tous les moyens de le charmer, n’a pas succombé à son charme, au chant des sirènes. Pourtant, comme le rapporte le Talmud (Yoma 35b), elle ne reculait devant rien, et elle se changeait et mettait de nouvelles tenues pour lui plaire plusieurs fois par jour. Noa’h, vivait à une époque où la perversion était monnaie courante, où les relations interdites étaient complètement banalisées. On dit même que les animaux ne respectaient plus l’ordre des espèces (Berechith Rabba 28,8) : un animal pouvait s’accoupler avec un autre d’une espèce différente, ce qui va totalement à l’encontre de l’équilibre naturel. Ainsi il y avait une taava, un désir très fort. Et pourtant, Noa’h, immergé dans cette immoralité, resta tsadik. Droit et confiant Noa’h ne fut pas seulement tsadik, il fut également tamim : fidèle. Comme le dit le verset dans le livre de Devarim (18,13) : «tamim tihiyéim Hachem eloké’ha», il faut être fidèle à D.ieu. Fidèle, cela veut dire être convaincu et confiant de la présence et de la suprématie de D.ieu ; ne pas chercher des réponses chez des astrologues, et autres voyants ; ne pas s’inquiéter du futur mais être serein et apaisé par la confiance en D.ieu. Noa’h, un peu plus tard dans son histoire, fit également ses preuves en tant qu’homme fidèle, confiant totalement en la Toute-puissance divine. Car après avoir été confronté à la génération du déluge, une génération pervertie sur le plan des moeurs, il fut contemporain de la génération de la tour de Babel, épisode qui nous est relaté un peu plus loin dans la paracha(Genèse 11,4). Cette génération a voulu combattre D.ieu et a remis en cause Son existence. Noa’h, et c’est sa grandeur, n’a pas été plus fragilisé par ces remises en question au niveau de la foi qu’il ne le fut par les perversions des moeurs : il était tamim, intègre et confiant en D.ieu, en Son omniprésence et en Son omnipotence. On le sait, Noa’h fut sauvé, lui et sa famille, lui et ses valeurs, dans son arche (téva). Le mot téva signifie également en hébreu : un mot. Nos Sages nous enseignent que dans chaque mot de la Torah, il y a une possibilité de se réfugier et de trouver des forces qui nous permettent d’être à la fois tsadik et tamim, de s’armer d’une part pour ne pas succomber à ses désirs, de l’autre pour garder nos convictions et nos certitudes au sujet de notre foi D.ieu.

En des temps qui ressemblent de très près à la génération du déluge et à celle de la Tour de Babel, alors qu’on ne peut manquer d’observer des signes qui s’apparentent aux causes de leur destruction, une réflexion s’impose. Nous avons le devoir de fixer des moments d’étude de la Torah afin d’être nous aussi sauvés par les tévoth, les mots de la Torah, jusqu’à ce que le déluge soit passé et que nous assistions à la venue du Messie, bimhééra béyaménou, amen.