Parachat Vaéra – Un silence qui en dit long

 

Lorsque D.ieu demanda à Moché rabbénou d’aller voir Pharaon pour obtenir qu’il libère les Bné-Israël, Moché lui dit : «Quand j’ai dit aux Bné-Israël que nous allions sortir d’Égypte, ils ne m’ont pas écouté. Comment Pharaon, le roi d’Égypte, pourrait-il m’entendre ?»

Dans le Talmud (traité Yébamoth, p. 65b), il est rapporté une mitsva étonnante : de la même manière que nous avons le devoir de dire une chose qui va être pris en considération, il est interdit de dire une chose qui ne sera pas entendue.

A ce propos une petite histoire.

Le Rav Israël de Vijnitz avait l’habitude de faire quelques pas tous les soirs avec son assistant (gabbaï) pendant une demi-heure. Un soir, leur promenade les mène jusqu’à la maison du directeur de la banque de la ville, qui n’était pas particulièrement proche du Rabbi.

Mystère, mystère…

Le Rabbi frappe à la porte, un domestique ouvre et le fait entrer dans le vestibule, toujours accompagné de son gabbaï, extrêmement surpris de cette situation, dans la mesure où il ne comprend pas très bien de qu’ils viennent faire dans la maison du banquier.

Ce dernier, qui est un notable, propose un siège au Rabbi sans comprendre non plus quel bon vent l’amène, mais désirant faire honneur à cet invité de marque. Et là, contre toute attente, le Rabbi, avec un visage sympathique et souriant, n’entame pas la conversation.

C’est le silence total. Gênés, le banquier et le Gabbaï se regardent, cherchant à comprendre le motif de la visite du Rabbi. Finalement, le banquier fait quelques allusions pour le découvrir. Le gabbaï, comprenant ces allusions, déclare même :

– Je suis aussi étonné que vous de cette visite, dont je ne connais pas la raison… Le Rabbi reste quelques minutes assis, silencieux. Puis il se lève et s’apprête à partir. Notre hôte, toujours aussi médusé, l’accompagne quelques pas à l’extérieur de la maison, et lui dit :

– Kevod harav, avec tout le respect que je vous dois, je ne peux pas m’empêcher de vous questionner. Quelle et la raison de votre venue?

– Je suis venu pour accomplir une mitsva, répondit le Rav.

– Laquelle ?

– Il y a une mitsva qui consiste à dire quelque chose qui sera pris en compte. Et il y a une autre qui nous ordonne de se taire quand on sait qu’on ne sera pas entendu. Aujourd’hui, j’ai quelque chose à te dire, et je sais que ce ne sera pas pris en compte. C’est la raison pour laquelle je suis venu faire cette mitsva de me taire.

– Pourquoi dites-vous cela ? Peut-être vais-je prendre en considération ce que vos voulez me dire !

– Non, je sais bien que vous ne pourrez pas, c’est impossible. Et plus le Rabbi refusait de parler, plus le banquier insistait. Finalement, le rabbi accepta.

– Il y a une femme qui est veuve, pauvre, très pauvre, et qui doit énormément d’argent à la banque pour le prêt fait sur sa maison, qui contient une clause d’hypothèque. Dans quelques jours seulement, la banque va vendre aux enchères sa maison, et elle va devoir partir de chez elle, pour se retrouver dans la rue. Je voulais vous demander, en tant que directeur de la banque, de renoncer à la dette de cette veuve. Mais je me suis dit que jamais vous en pourrez considérer cette demande. C’est pour cela que je suis venu pour au moins accomplir cette mitsva de me taire…

Peut-être encore plus surpris par la réponse du Rabbi que par son silence, le banquier répondit:

– Cette veuve ne me doit pas de l’argent personnellement. Elle a une dette envers la banque. Comment pourrais-je intervenir ?

– C’est exactement ce que je vous disais, répondit le Rav. Ce que j’avais à vous dire ne peut pas être pris en compte. Le Rabbi mit fin à la conversation et repartit chez lui. Il l’a fait !

Seulement, cette histoire tournait dans la tête de notre banquier, qui ne trouvait plus le sommeil. Finalement, il se dit en lui-même : «Je suis capable d’entendre ce qui m’a été dit.»

C’est ainsi qu’il décida de prendre sur lui la dette de la veuve, et de rembourser lui-même la banque. Ainsi, il permettait à cette pauvre veuve de rester chez elle, lui évitant la mendicité.

De ce récit ‘hassidique véridique, nous apprenons que cette mitsva de se taire est valable dans toute situation où l’on perçoit que l’on ne sera pas entendu. Et quand on ne parle pas, et que notre interlocuteur sent un mystère, cela peut déclencher la volonté, présente en chaque Juif, de mieux faire, de comprendre, d’agir pour le Bien.

Le silence est d’or.

Ce silence permet de faire entendre certaines vérités. Finalement, l’interlocuteur a envie de savoir, et il est donc plus disposé à entendre. Le Rabbi, est allé encore plus loin dans ce sens : dans la mesure où il n’y a pas de mitsva de rester chez soi, et de ne rien dire, il a cherché à réellement appliquer le commandement divin en se déplaçant dans un endroit où il savait qu’il ne serait pas entendu, et en se taisant !

De notre côté, nous devons être capable d’une remise en question, comme celle dont fut capable ce banquier hors du commun, et savoir écouter l’autre. C’est une idée très importante qui permet de ne jamais se scléroser dans ses convictions ou ses certitudes.

Et le Juif est suffisamment dynamique pour vouloir toujours entendre ce que l’on ne veut pas lui dire… Profitons-en !  

 

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